RDC: Un pays, deux présidents, zéro accès

Pendant que Kinshasa verrouille ses portes à l’ancien maître, Goma barricade ses rues à l’actuel chef. Une carte de la RDC ressemble aujourd’hui à une scène de crime : les zones sont délimitées, les suspects bien connus, mais aucun procès n’a lieu. Félix Tshisekedi ne peut mettre un pied à Goma, Joseph Kabila ne peut humer l’air de Kinshasa. La République est démocratique, paraît-il, mais on y circule avec un visa politique intérieur.

Et pendant ce temps… le peuple ?

Ah, le peuple. Ce brave peuple congolais, toujours là, toujours patient. Victime de son propre bulletin de vote ? Ou d’une manipulation savamment orchestrée ? Peut-être des deux. Il a cru choisir. On lui a promis le changement. On lui a offert la continuité du chaos, avec juste une nouvelle voix dans les micros.

Il regarde maintenant ce spectacle à huis clos entre deux géants d’argile. L’un est l’ombre de son long règne, tapi dans les collines de Kingakati. L’autre est le porte-voix d’un pouvoir qui ne parvient pas à se faire entendre jusqu’à l’Est. Entre les deux : une population qui crie famine, qui pleure ses morts, qui survit entre l’insécurité et l’indifférence.

Les bombes tombent à l’Est, les festins se multiplient à l’Ouest. Les routes sont des labyrinthes de poussière, les hôpitaux des mouroirs sans médicaments, les écoles des ruines avec tableau noir. Mais tout cela ne fait pas de bruit. Ce qui attire les caméras, ce sont les passes d’armes politiques, les bras de fer silencieux, les poignées de main refusées.

Le peuple congolais veut quoi ?

Il veut vivre. Juste vivre. Pas dans l’attente d’un miracle électoral. Pas sous les balles des groupes armés. Pas au rythme des querelles de politiciens devenus étrangers à leur propre peuple.

Il veut que son vote compte. Que ses dirigeants soient des ponts, pas des murs. Il veut qu’on cesse de jouer à cache-cache entre Kinshasa et Goma pendant que les enfants meurent à Beni et que les mères pleurent à Bunia.

Il veut un président qui traverse le pays, pas qui le contourne.

Il veut que l’ancien président ne soit pas un exilé intérieur. Il veut que l’actuel président n’ait pas besoin de blindés pour visiter ses concitoyens. Il veut que le Congo redevienne un territoire d’unité, pas une carte de zones interdites.

Mais ça, apparemment, c’est trop demander.

Rav Daniel Kambowa