Rarement une lettre ouverte n’aura eu autant de saveur à la fois satirique et dramatique. Les agents de la Fonction publique provinciale du Haut-Katanga viennent de prendre leur plume (et leur courage) pour dire tout haut ce que beaucoup pensaient tout bas : sous l’ère Kyabula, c’était la traversée du désert ; avec l’intérimaire Martin Kazembe Shula, c’est enfin l’air d’une respiration démocratique, sociale et humaine.
Quand les fonctionnaires deviennent chroniqueurs politiques malgré eux
Ces agents habituellement réduits au silence par la peur de représailles ont trouvé un canal inattendu : une lettre ouverte adressée directement au Président de la République. Pas de jargon technocratique, pas de détour diplomatique : un cri du cœur !
Ils rappellent que leurs vies ont été fracassées par des arriérés de salaires, des barèmes rabotés à coups de machette budgétaire, des loyers impayés, des enfants renvoyés des écoles… Bref, un scénario digne d’un film tragique congolais, avec en vedette un Gouverneur absent et des familles plongées dans la débrouille quotidienne.
Kyabula, entre Hérode et Saül
Et comme si l’ironie ne suffisait pas, les agents osent la comparaison biblique. Selon eux, Kyabula serait un mélange d’Hérode (foudroyé en public pour ses excès) et de Saül (destitué au profit d’un homme « selon le cœur du Chef »). Dans leur récit, le destin aurait déjà tranché : l’ère Kyabula est une page tournée, et le nouveau chapitre porte un nom Martin Kazembe Shula.
Kazembe Shula, la bouffée d’oxygène
Car depuis sa première visite aux bureaux du gouvernorat, le Gouverneur intérimaire a été accueilli avec des scènes spontanées d’adhésion et d’enthousiasme. Pas besoin de mobilisateurs payés ou de chants forcés : ici, les agents parlent d’une joie authentique, d’une reconnaissance réelle, comme si le Haut-Katanga retrouvait enfin une oreille attentive après des années d’errance.
Lettre ouverte ou pamphlet déguisé ?
Certains diront que cette lettre relève de la satire, tant les mots sont forts et les comparaisons sans pitié. Mais en réalité, il s’agit d’un témoignage cru, d’un diagnostic sans anesthésie de la gestion passée. Et surtout, d’un plaidoyer vibrant en faveur de la continuité du Gouverneur intérimaire, décrit comme « l’homme providentiel » pour sauver les familles des fonctionnaires à la veille d’une rentrée scolaire décisive.
Un appel au Chef
Derrière l’humour amer et la verve satirique, une demande claire s’adresse au Président Tshisekedi : ne pas céder aux pressions de quelques groupes socioculturels financés à coups de dollars, mais écouter la voix des véritables travailleurs de l’État, ceux qui font tourner la machine provinciale au prix de leur santé et de leur dignité.
En un mot : « Excellence Monsieur le Président, gardez Martin Kazembe Shula, car pour nous, agents de la Fonction publique, il est déjà la réponse de Dieu à nos prières silencieuses ».
Rav Daniel Kambowa






