Mbujimayi a été ce lundi 19 Mai, le théâtre d’une cérémonie de remise et reprise qui, derrière son apparente normalité protocolaire, cache une crise politique d’une profondeur inquiétante. Le gouverneur suspendu, Jean-Paul Mbwebwa Kapo, accusé de gestion opaque et de dérives autoritaires, a cédé les rênes à son vice-gouverneur, Augustin Kayembe Mulemena, désigné pour assurer l’intérim. Le tout, sur fond de tempête judiciaire et de révolte populaire rampante.
Le télégramme du Vice-Premier ministre de l’Intérieur ordonnant cette transition, bien que légalement justifiable, soulève de nombreuses interrogations. Est-ce une manœuvre politique bien orchestrée ou une tentative désespérée de sauver la façade d’un pouvoir provincial en déliquescence ?

Face à un public réduit et sous haute surveillance, Jean-Paul Kapo a livré un discours de façade : confiance en la justice, appel au calme, louanges au parti UDPS. Une sortie soignée, presque théâtrale, d’un homme dont le fauteuil vacille. Mais pour beaucoup, ces propos sonnent creux. Le « respect des institutions » évoqué par Kapo est perçu comme un camouflage hypocrite d’un mandat entaché de scandales, où la démocratie n’a été qu’un mot vidé de sa substance.
La réaction la plus percutante est venue des réseaux sociaux, véritable agora populaire. Pierre Beya Kabambi, ancien rival de Kapo lors de la dernière élection provinciale, est sorti de son silence. Dans un message virulent posté sur Facebook, il a directement interpellé les Kasaïens : « Comme vous, j’ai vu. Comme vous, j’ai ressenti la douleur, j’ai mesuré l’étendue du désastre. » Des mots puissants, presque révolutionnaires, qui traduisent le malaise profond dans la province.
Beya ne mâche pas ses mots : il accuse implicitement l’administration Kapo d’avoir conduit la province à la ruine et appelle à une mobilisation populaire, presque insurrectionnelle. « Le changement est désormais à portée de main », dit-il. Une phrase qui sonne comme un ultimatum adressé non seulement aux autorités locales, mais aussi à Kinshasa.
Mbujimayi retient son souffle. Derrière le vernis des cérémonies officielles, la colère gronde. La population, plongée dans l’incertitude, n’attend qu’une étincelle pour faire éclater sa frustration. Le règne de l’impunité touche-t-il enfin à sa fin ? Ou assiste-t-on simplement à un énième jeu de chaises musicales entre les mêmes visages ?
Une chose est sûre : le Kasaï Oriental est à un tournant. Et l’histoire jugera ceux qui, aujourd’hui, choisissent de rester passifs.
Rav Daniel Kambowa






