Jean-Pierre Bemba, « révolutionnaire de l’ordre constitutionnel » : Me Honoré Bailulaka revisite l’histoire politique congolaise

Jean-Pierre Bemba, « révolutionnaire de l’ordre constitutionnel » : Me Honoré Bailulaka revisite l’histoire politique congolaise

À Kinshasa, l’histoire politique congolaise n’a décidément pas fini de faire parler d’elle. Et lorsqu’un avocat et universitaire s’en mêle, les vieilles pages de la transition du « 1+4 » prennent soudain des airs de nouveau procès historique.

Me Honoré BAILULAKA EBUKANYA, avocat au Barreau de Kinshasa-Gombe et assistant des Universités, livre une lecture pour le moins assumée du parcours de Jean-Pierre Bemba Gombo. Son point de départ est catégorique : selon lui, le leader du MLC n’aurait « jamais pris les armes contre un régime constitutionnellement et démocratiquement établi ».

Une affirmation qui, à elle seule, pourrait déjà alimenter plusieurs heures de débat télévisé.

Bemba : rebelle, opposant ou précurseur ?

Pour Me Bailulaka, la question mérite d’être replacée dans son contexte historique. Il présente Jean-Pierre Bemba comme un acteur qui aurait combattu non pas l’ordre constitutionnel, mais ce qu’il considère comme une dérive autoritaire du pouvoir de l’époque.

Dans cette lecture, la rébellion devient presque une « révolution politique », tandis que l’action de Bemba est réinterprétée comme une contribution au processus ayant finalement conduit à l’ordre constitutionnel actuel.

Autrement dit, dans le récit proposé par l’avocat, celui que certains présentent comme ancien chef rebelle apparaît plutôt comme un acteur incontournable de la longue marche vers le pluralisme politique congolais.

Une manière de raconter l’histoire qui ne manquera certainement pas de faire réagir les historiens, les juristes… et les anciens protagonistes de cette époque.

Le Rwanda et l’Ouganda au cœur du récit

Me Bailulaka ne s’arrête pas là. Dans son analyse, il accuse certains acteurs congolais de s’être transformés en « fantoches » au service des intérêts du Rwanda et de l’Ouganda.

Il décrit ainsi Jean-Pierre Bemba comme celui qui aurait choisi de se tenir « seul » face à ces adversaires, dans un environnement régional marqué par les guerres, les alliances mouvantes et les rivalités de pouvoir.

Une lecture particulièrement politique, qui replace la trajectoire de Bemba dans le face-à-face régional ayant profondément marqué la RDC à la fin des années 1990 et au début des années 2000.

Du maquis au pouvoir : le paradoxe Bemba

Le véritable paradoxe souligné par cette lecture est peut-être ailleurs : comment un ancien chef politico-militaire peut-il être présenté comme l’un des contributeurs à l’émergence de l’ordre constitutionnel ?

C’est précisément là que le récit devient intéressant.

Après la période des affrontements, Jean-Pierre Bemba devient l’un des principaux protagonistes de la transition issue de l’Accord global et inclusif, avant de participer au système institutionnel du « 1+4 ».

Le combattant d’hier se retrouve alors autour de la table du pouvoir.

La politique congolaise venait donc de réussir son numéro préféré : transformer les adversaires d’hier en partenaires institutionnels du lendemain.

Une lecture qui ouvre le débat

Pour Me Honoré Bailulaka Ebukanya, le parcours de Jean-Pierre Bemba doit donc être lu à travers le prisme de la construction progressive de l’État de droit et de l’ordre constitutionnel.

Une thèse qui peut séduire les partisans du leader du MLC, mais qui appelle également au débat historique et juridique sur la nature des conflits armés de cette période, leurs acteurs, leurs motivations et leurs conséquences.

Car en RDC, l’histoire politique n’est jamais simplement écrite dans les livres : elle continue de se négocier dans les discours, les plateaux de télévision et les réseaux sociaux.

Et sur ce terrain, Me Bailulaka vient clairement de poser une pièce sur l’échiquier.

Une chose est certaine : lorsqu’un avocat affirme que la révolution de Bemba aurait « tarmacadamisé » le chemin vers l’ordre constitutionnel actuel, le débat, lui, est déjà bien goudronné.

Rav Daniel Kambowa