Affaire des 50 millions USD de la MIBA : Okoto veut-il jouer au-dessus des statuts ?
Quand le respect des règles devient facultatif, la gouvernance d’entreprise prend des allures de théâtre. Et à la MIBA, le feuilleton des 50 millions de dollars promis pour la relance risque de devenir une nouvelle bataille autour du pouvoir, des actionnaires et de la recapitalisation.
Dans un État de droit, même une entreprise stratégique comme la Minière de Bakwanga n’est pas une propriété privée de ses dirigeants. Il existe des statuts, des organes sociaux, des actionnaires et des règles de gouvernance. Bref, il existe une chose que certains responsables semblent parfois oublier : la loi ne s’arrête pas à la porte du bureau du PCA.
L’affaire est d’autant plus sensible que les 50 millions de dollars annoncés par le président Félix Tshisekedi pour contribuer à la relance de la MIBA constituent un enjeu majeur pour cette société historique du Kasaï Oriental. La MIBA elle-même rappelle que le Chef de l’État avait annoncé cette enveloppe lors de son passage à Mbuji-Mayi en décembre 2024.
Mais voilà que la question de la recapitalisation remet les actionnaires au centre du jeu.
ASA Resources Group : actionnaire ou simple spectateur ?
La MIBA n’est pas une entreprise où un seul acteur peut décider de tout selon son humeur du matin.
Les informations publiées indiquent que l’État congolais détient 80 % du capital, tandis que ASA Resources Group détient 20 %.
Dès lors, une question légitime mérite d’être posée : peut-on organiser une recapitalisation qui affecte les droits des actionnaires sans leur participation dans le strict respect des statuts et des règles applicables ?
C’est ici que le dossier devient politiquement explosif.
Si l’opération de recapitalisation nécessite une contribution du partenaire privé afin de préserver la structure du capital, pourquoi vouloir transformer l’actionnaire minoritaire en simple figurant ?
Selon les informations disponibles, le maintien de la répartition actuelle après l’injection publique de 50 millions USD impliquerait notamment une contribution du partenaire privé à hauteur de sa participation.
Alors, ASA Resources Group doit-il être associé au processus ou simplement convoqué pour constater les décisions déjà prises ?
La réponse devrait être simple dans un État de droit : les statuts d’abord, les intérêts particuliers ensuite.
Okoto contre les statuts ? Attention au mauvais procès
Jean-Charles Okoto, président du conseil d’administration, a lui-même indiqué que les actionnaires avaient exigé plusieurs préalables avant l’utilisation des fonds : audit général, inventaire du patrimoine et validation du plan minimum de relance.
Sur le principe, personne ne devrait s’opposer à la transparence.
Mais si ces règles sont réellement celles qui encadrent la relance, elles doivent être appliquées à tous, y compris à ceux qui dirigent l’entreprise.
Le PCA ne peut pas demander le respect des règles lorsqu’elles l’arrangent et les considérer comme accessoires lorsqu’elles deviennent contraignantes.
C’est précisément là que se trouve le problème de fond.
La MIBA appartient-elle à ses organes dirigeants ou à ses actionnaires, dans le cadre des statuts et de la loi ?
La question n’est pas provocatrice. Elle est simplement juridique.
50 millions : l’argent promis par le Chef de l’État ne doit pas devenir une pomme de discorde
Il serait également dangereux de transformer cette affaire en conflit politique susceptible de donner l’impression que les initiatives du président Félix Tshisekedi pour la relance de la MIBA seraient bloquées ou sabotées de l’intérieur.
Le Chef de l’État a annoncé les 50 millions USD pour relancer cette entreprise. La MIBA a besoin de production, d’investissements, de machines, d’emplois et surtout d’une gouvernance capable de restaurer la confiance.
Pas d’une guerre permanente entre dirigeants.
Pas d’un bras de fer entre actionnaires.
Pas d’une bataille autour du contrôle de la recapitalisation.
Et surtout pas d’une situation dans laquelle les querelles de gouvernance finiraient par ternir politiquement une initiative présidentielle destinée à sauver une entreprise stratégique.
À Okoto : respectez les règles, même lorsqu’elles dérangent
Monsieur le PCA, le message devrait être simple : nul n’est au-dessus des statuts.
Ni le PCA.
Ni le DG.
Ni l’actionnaire majoritaire.
Ni l’actionnaire minoritaire.
Et encore moins un quelconque responsable qui considérerait la MIBA comme son territoire personnel.
Si ASA Resources Group dispose de droits statutaires, ceux-ci doivent être respectés. Si la recapitalisation impose des décisions collectives, qu’elles soient prises collectivement. Si un audit est nécessaire, qu’il soit réalisé. Si les statuts imposent une procédure, qu’elle soit suivie jusqu’au bout.
L’État de droit ne peut pas fonctionner à géométrie variable.
Et surtout, personne ne devrait donner à l’opinion l’impression que l’on cherche à écarter un partenaire pour contrôler seul une opération financière aussi importante.
Le vrai défi : sauver la MIBA, pas sauver les egos
La MIBA n’a plus besoin de querelles de personnes. Elle a besoin de résultats.
Les informations disponibles font état d’un plan minimum de relance évalué autour de 70 millions USD et conditionné notamment à des mesures d’audit et d’inventaire.
Alors, au lieu de transformer les 50 millions en arme politique, pourquoi ne pas appliquer simplement les règles ?
Que chacun reste dans son rôle.
Que les actionnaires exercent leurs droits.
Que le conseil d’administration joue son rôle.
Que la direction générale fasse son travail.
Et que les fonds destinés à la relance servent enfin à ce pourquoi ils ont été annoncés : faire redémarrer la MIBA et redonner de l’espoir au Kasaï Oriental.
Parce qu’au fond, la vraie question n’est pas de savoir qui gagnera le bras de fer entre Okoto et ses partenaires.
La vraie question est beaucoup plus importante :
Qui gagnera si la MIBA redémarre ?
La réponse devrait être évidente : la République, les travailleurs, le Kasaï Oriental et le peuple congolais.
Alors, Monsieur Okoto, pas de régime spécial pour les statuts : respectez les règles, respectez les actionnaires et laissez la relance de la MIBA servir l’intérêt général.
Rédaction






