Face à l’annonce du mouvement armé M23 visant à délivrer passeports et visas dans les zones sous son contrôle, Emmanuel CIKANDI KAZADI Shefu wa Kwetu, Secrétaire Exécutif national du parti AREP et Vice-Président de Grand Kasaï (SYNAGK) a livré une riposte cinglante, mêlant condamnation juridique et sarcasme politique.
« Non seulement c’est illégal, mais c’est grotesque », tranche Cikandi. « Le passeport, c’est le symbole suprême de la souveraineté nationale. Seul l’État congolais peut le délivrer, point final. Ce qu’ils proposent, c’est un faux État avec de faux papiers. Ni l’Ouganda, ni le Rwanda, ni aucun pays sérieux ne reconnaîtra ces documents. C’est une tentative de sécession administrative et ça, c’est un crime contre la République. »
Pour l’homme politique, la manœuvre du M23 n’a d’autre finalité que médiatique : se donner les apparences d’une autorité étatique sans jamais en posséder la légitimité. « On ne bâtit pas un État avec des imprimantes et des menaces. Le seul visa valable au Congo, c’est celui du drapeau », ironise-t-il.
Illégalité et risque de confusion. Sur le plan juridique, Cikandi rappelle l’évidence républicaine : l’émission des documents d’état-civil et des passeports relève de la compétence exclusive des autorités de l’État. De telles pièces, produites en dehors du cadre étatique et sans reconnaissance internationale, « n’auront aucune valeur » hors des zones de contrôle du mouvement et exposeront leurs détenteurs à de graves complications administratives et juridiques.
Au-delà du symbole, c’est la sécurité juridique et les droits des personnes qui sont en jeu : des « passeports » non reconnus peuvent être utilisés à des fins frauduleuses, créer un marché noir de documents et rendre la mobilité des populations encore plus précaire.
Une stratégie d’affirmation territoriale. Pour Emmanuel Cikandi, l’initiative s’inscrit dans une stratégie plus large d’affirmation territoriale : « Ils veulent se donner une image d’État, alors qu’ils restent un mouvement rebelle. Le M23 peut occuper des villages, mais pas la Constitution. » Selon lui, ce type d’action relève de la sécession administrative et constitue, par sa logique, une atteinte à l’intégrité et à l’unicité de la République.
Il ajoute, sur un ton mêlant avertissement et défi : « Les kalachnikovs ne remplacent pas la Cour la riposte sera d’abord juridique et politique. La République ne se décrète pas dans un atelier d’imprimerie. »
Risques diplomatiques et humanitaires. Les experts consultés par la rédaction estiment qu’une telle démarche risque d’alimenter l’instabilité : au plan international, aucun État sérieux n’accordera la validité à des documents émis hors des cadres reconnus ; au plan local, la multiplication de faux titres pourrait compliquer l’aide humanitaire, la gestion des réfugiés et la réintégration des populations déplacées.
En visant à produire des papiers d’identité, le M23 cherche à franchir une ligne symbolique : transformer une réalité militaire en légitimité civile. Pour Emmanuel Cikandi et nombre d’observateurs, la tentative est vaine et dangereuse destinée à provoquer la confusion plutôt qu’à construire une quelconque reconnaissance. « La République, ce n’est pas un hashtag : c’est une légitimité », conclut-il.
Rav Daniel Kambowa






