Finances et Fonction Publique : Comment deux ministères peuvent-ils exiger la rigueur tout en abandonnant leurs propres agents ?

Dans un pays où l’on peut construire des routes invisibles, financer des projets introuvables et inaugurer des bâtiments encore en chantier, il n’est finalement pas surprenant de voir émerger une nouvelle catégorie d’agent public : le fonctionnaire non payé, mais légalement affecté.

C’est pourtant la triste réalité qu’exposent, ce matin encore, plusieurs anciens de l’École Nationale des Finances (ENF), massés devant le cabinet du ministre des Finances, au Centre Financier. Des jeunes formés, recrutés, affectés, notifiés… puis abandonnés administrativement, comme un dossier oublié dans un tiroir verrouillé à double promesse.

« Au fait, nous sommes sous arrêté depuis deux ans maintenant, et nos affectations ont totalisé une année sans être payés. Nous venons des provinces, affectés aux Divisions Provinciales des Finances. Le ministre des Finances et celui de la Fonction publique ne font que nous promettre sans réaliser. Nous sommes devant le cabinet du ministre maintenant là. Nous réclamons notre prise en charge et l’argent de notre déplacement. Une année sans nous payer, alors qu’il y a des pères de famille qui souffrent », témoigne l’un des manifestants, le ton sec, la colère polie mais intacte.

Promesses : la nouvelle monnaie nationale

Depuis un an, ces diplômés circulent entre promesses ministérielles, courriers administratifs et silences prolongés. Leurs dossiers, disent-ils, avancent… à la vitesse d’un escargot fatigué.
En attendant, eux reculent : plus de loyer payé, pas de prise en charge, pas de prime de déplacement rien.

Mais on leur demande pourtant d’être « patients », comme si la faim, elle, respectait les délais administratifs.

Un paradoxe très congolais

Ironie du sort : ce sont ceux-là mêmes censés renforcer la bonne gouvernance financière en province qui découvrent, sur le terrain, la face la plus brutale de la gestion publique :
un État qui recrute… mais ne rémunère pas.

Un État qui signe les arrêtés… puis oublie qu’ils existent.
Un État qui promet le paiement… puis paie plutôt l’oubli.

Silence radio au sommet

Du côté des deux ministères concernés Finances et Fonction publique les réponses se ressemblent :
« le dossier est en traitement », « les mécanismes sont en cours », « le gouvernement travaille pour trouver une solution durable ».

En langage administratif, cela signifie souvent :
circulez, il n’y a rien à payer pour l’instant.

Un malaise qui interpelle

Mais cette fois, le dossier refuse de mourir en silence.
Les agents sont là, visibles, déterminés.
Devant le ministère qui incarne le cœur battant des finances nationales.

Et la question dérangeante s’impose :

Comment un gouvernement peut-il exiger de la rigueur financière… sans payer ceux qui doivent la faire respecter ?

L’heure de vérité

La présence des anciens de l’ENF au Centre Financier n’est pas seulement un sit-in.
C’est une interpellation directe au ministre des Finances et à tout le gouvernement :

Soit l’État assume ses engagements,

Soit il admet officiellement qu’il fabrique des fonctionnaires fantômes… non pas parce qu’ils n’existent pas, mais parce qu’il refuse de les payer.

Dans un pays où tout se sait, tout se voit, et surtout tout se raconte, ce silence pourrait vite devenir un scandale national.
Et ce jour-là, les promesses ne suffiront plus.

Rav Daniel Kambowa