La route de contournement invisible : 21 millions USD prennent la tangente, la justice s’invite dans le dossier Kyabula

Il y a des routes qu’on emprunte, et d’autres qu’on contemple uniquement… dans les discours officiels. Au Haut-Katanga, la fameuse route de contournement appartient manifestement à la seconde catégorie : invisible sur le terrain, mais très visible dans les livres comptables.


Selon des éléments aujourd’hui dans le viseur de la justice, KICO S.A aurait remis la coquette somme de 21 millions de dollars américains à la Province du Haut-Katanga. Objectif affiché : financer la construction de cette route stratégique censée désengorger le trafic et booster l’économie locale. Objectif réel ? Mystère asphalté.

Une cérémonie, des caméras… et puis plus rien
Le scénario est désormais bien connu. Une société manifestement dépourvue de capacités financières et logistiques se voit attribuer le marché. Comment ? Sur quels critères ? Voilà précisément ce que les enquêteurs cherchent à comprendre.

S’ensuit une cérémonie de lancement en grande pompe : discours rassurants, sourires protocolaires, photos officielles, engins alignés comme pour un défilé militaire. Le décor est planté, les caméras repartent, les promesses restent.

Puis, silence radio. Pas de début effectif des travaux. Pas d’avancement. Pas même une tranchée symbolique. Pire encore : tout l’atelier de chantier est discrètement retiré, comme s’il n’avait jamais existé. Une route de contournement devenue route de disparition.

21 millions USD : évaporés, contournés ou recyclés ?

° La question qui brûle toutes les lèvres est simple : que sont devenus les 21 millions de dollars ?

Pas de route, pas de chantier, mais des fonds bel et bien déboursés. À défaut de béton et de bitume, l’opinion publique hérite d’un épais nuage de soupçons.
C’est dans ce contexte que la gestion de l’ancien gouverneur Jacques Kyabula se retrouve aujourd’hui dans le viseur de la justice. Non pas sur la base de rumeurs, mais à partir de faits concrets : financement reçu, marché attribué, travaux inexistants.

Quand la justice tente de refaire la route… à l’envers
L’enquête en cours devra déterminer les responsabilités :

° Pourquoi une entreprise sans capacités a-t-elle été choisie ?

° Qui a validé les décaissements ?

° Qui a autorisé le retrait du chantier sans explication publique ?

Autant de questions qui transforment une route promise en symbole national de la gestion approximative, voire prédatrice.

Une province mérite mieux qu’un décor de cinéma
Le Haut-Katanga n’a pas besoin de routes imaginaires ni de cérémonies sans lendemain. Il a besoin d’infrastructures réelles, de dirigeants comptables de leurs actes et d’une justice capable de transformer les routes fantômes en vérités judiciaires.
Cette fois, le chantier semble bel et bien lancé.
Mais c’est celui de la vérité.

Rédaction