Fungurume face au retour de Kaleng Ntamb : la population impose Aline Makano à l’intérim

À Fungurume, dans la province du Lualaba, un simple télégramme ministériel a suffi à rallumer une braise que beaucoup pensaient éteinte. La décision de réhabiliter l’ancien bourgmestre, Leusaint Kaleng Ntamb, a provoqué une vague de protestations populaires, révélant les fractures persistantes au sein de la commune et consolidant, paradoxalement, la légitimité politique de l’actuelle bourgmestre a.i., Aline Makano.

Un télégramme, une onde de choc

La décision venue de Kinshasa, instruisant la reprise des fonctions de l’ancien bourgmestre suspendu, se voulait administrative. Elle s’est transformée en détonateur politique et social.

Dans les heures qui ont suivi la diffusion du télégramme, des manifestations spontanées ont éclaté dans plusieurs quartiers de Fungurume. Les protestataires dénoncent un retour jugé « inacceptable », rappelant les accusations de détournement, de gestion conflictuelle et de division communautaire qui avaient conduit à la suspension de Kaleng Ntamb.

Une mémoire collective encore vive

À Fungurume, le débat dépasse largement la personne de l’ancien bourgmestre. Il touche à une question plus profonde : peut-on gouverner durablement contre la mémoire et le ressenti d’une population ?

« On ne peut pas nous demander d’oublier d’un trait de plume ce que nous avons vécu », confie un notable local.

Aline Makano, l’intérim devenu référence

Nommée bourgmestre a.i. dans un contexte tendu, Aline Makano a progressivement imposé un style discret, pragmatique et axé sur l’apaisement.

  • Diminution des tensions communautaires
  • Dialogue rétabli entre l’administration et les forces vives locales
  • Climat institutionnel plus respirable

Pour de nombreux habitants, le contraste est frappant : « On ne voit pas beaucoup de bruit, mais on voit moins de conflits », résume un acteur de la société civile.

La rue comme arbitre politique

Les manifestations contre le retour de Kaleng Ntamb traduisent une réalité souvent sous-estimée à Kinshasa : dans certaines communes stratégiques, la rue est devenue un acteur politique à part entière.

Un test pour la gouvernance territoriale

Cette crise pose une question plus large à l’État congolais : comment concilier décisions administratives centrales et réalités locales ?

Entre légalité et légitimité

Si la réhabilitation de Kaleng Ntamb relève d’une logique juridique, son rejet massif relève d’une logique politique et sociale. Et dans un pays où la stabilité locale conditionne souvent la paix sociale, ignorer cette équation peut s’avérer coûteux.

Conclusion : Fungurume a changé

Qu’on le veuille ou non, Fungurume n’est plus la même commune qu’hier. La population a goûté à une gouvernance plus apaisée. Et elle ne semble pas disposée à revenir en arrière.

« Aline Makano est devenue, de fait, bien plus qu’une intérimaire. »

Rav Daniel Kambowa