LES BAKW’ODILA : ORIGINES, ORGANISATION ET MÉMOIRE D’UNE COMMUNAUTÉ DU KASAÏ


Dans l’espace kasaïen de la République démocratique du Congo, l’histoire des communautés se transmet autant par la tradition orale que par les structures coutumières encore vivantes. Parmi ces lignées, celle des Bakw’Odila conserve une place importante dans la mémoire collective locale.


Origine et filiation des Bakw’Odila


Les Bakw’Odila sont reconnus comme descendants de Lutumba Odila, lui-même fils de Kalonji Milabi et de Tshibwabvwa. Lutumba Odila était également frère de Ngandu Kashila, considéré comme l’ancêtre des Bakwa Kashila établis notamment dans la chefferie de Kalenda Kashila.
La tradition rapporte que leur ascendance remonte à Kalonji wa Tshimanga Lwasa Mbuta, marié à la princesse kanyok Kabedi-a-Ilunga, fille du roi Ilunga.
Face aux difficultés de descendance dans ce mariage, des unions secondaires furent introduites selon les usages de l’époque. L’une de ces épouses, Tshibwabvwa, donnera naissance à Lutumba Odila et à Ngandu Kashila, donnant naissance à deux branches familiales importantes dans la région.


Organisation territoriale des Bakw’Odila
La communauté se structure aujourd’hui autour de deux grands groupements coutumiers.


1. Groupement de Beena Kalubi
Ce groupement regroupe onze localités, dont certaines disposent d’un statut administratif particulier depuis les réorganisations territoriales intervenues dans les années 1960 sous l’autorité territoriale de Tshilenge et du secteur de Kampatshi.
Les localités comprennent notamment : Beena Kalubi, Beena Kabanga, Beena Kapena, Beena Manda, Beena Mutombo, Beena Njila-Nganda, Beena Mende, Beena Muteba, Beena Tshikala et Beena Ntumba.


2. Groupement de Bakw’Odila
Ce second groupement comprend dix localités, parmi lesquelles : Beena Kadima, Beena Tshisenda, Beena Ndala, Beena Keheta, Beena Kabangu, Beena Matamba, Beena Mpenga, Beena Biayi, Beena Kalonji-a-Kinga et Beena Ntambwa.
Ces localités constituent aujourd’hui le noyau territorial et culturel des descendants directs de Lutumba Odila.


Héritage culturel et traditions orales
La communauté conserve des chants épiques et des proverbes qui exaltent la bravoure, l’hospitalité et la solidarité familiale. Ces récits valorisent l’honneur familial, l’accueil des visiteurs et la protection des alliances communautaires.
Certaines métaphores traditionnelles évoquent également la vigueur et la responsabilité attendues des hommes dans la protection et la stabilité du foyer, langage symbolique courant dans la poésie clanique. Ces expressions relèvent davantage de la tradition orale que d’un discours littéral.


Des tensions historiques entre communautés voisines
L’histoire locale mentionne aussi des différends fonciers ayant opposé certaines communautés voisines, notamment autour de terres situées entre Beena Mende, Bakwa Mulumba et Beena Kapena. Ces tensions auraient conduit à des affrontements en 1968 puis en 1998, laissant des traces durables dans les relations entre groupes pourtant issus d’ancêtres communs.
Ces épisodes restent sensibles dans la mémoire régionale et constituent encore aujourd’hui un sujet d’étude pour les chercheurs et les autorités coutumières œuvrant à la réconciliation durable.


Une mémoire encore vivante
L’histoire des Bakw’Odila illustre la richesse et la complexité des filiations coutumières du Kasaï. Entre héritage ancestral, organisation territoriale et défis contemporains, cette communauté continue de préserver son identité tout en s’adaptant aux réalités modernes.
La suite de cette histoire, notamment les causes profondes des rivalités territoriales et les efforts actuels de coexistence pacifique, reste un chapitre que les historiens locaux promettent encore d’explorer.

Rav Daniel Kambowa