RDC : Félix Tshisekedi face à l’histoire du Kasaï, réparer des décennies d’abandon

RDC : Félix Tshisekedi face à l’histoire du Kasaï, réparer des décennies d’abandon

Le Kasaï veut-il enfin tourner la page de plusieurs décennies de difficultés économiques et d’enclavement ? La question revient avec insistance alors que plusieurs chantiers sont engagés dans les provinces du Grand Kasaï.

Pendant longtemps, les difficultés de cette région ont été associées à la mobilité de ses populations. De nombreux Kasaïens ont quitté leur terre d’origine pour chercher des opportunités à Lubumbashi, Kinshasa et dans d’autres villes du pays. Mais derrière cette mobilité se trouve aussi une réalité économique documentée : le déclin de l’industrie minière, la dégradation des infrastructures de transport et la faiblesse des opportunités locales ont contribué à l’émigration de la population active. La Banque mondiale a notamment relevé l’impact de la désindustrialisation et du déclin de la production diamantifère sur les deux Kasaï.

La MIBA constitue l’un des symboles de cette histoire. Longtemps considérée comme un moteur économique de Mbuji-Mayi, la Minière de Bakwanga a connu une forte baisse de ses activités. Sa relance reste aujourd’hui présentée comme l’un des grands enjeux économiques du Kasaï-Oriental.

À Mbuji-Mayi, le sujet demeure donc brûlant : comment transformer une région riche en ressources naturelles mais longtemps confrontée à un déficit d’infrastructures en véritable pôle économique national ?

Depuis son arrivée au pouvoir, Félix Tshisekedi a placé plusieurs projets du Grand Kasaï dans son agenda de développement. La Présidence cite notamment la modernisation de l’aéroport de Bipemba, la réhabilitation de la RN1 et la modernisation de la voirie urbaine à Mbuji-Mayi.

Au Kasaï-Central, la route Kananga-Kalamba-Mbuji, longue de 230 kilomètres, est présentée comme un axe stratégique destiné à désenclaver la province et à la connecter à l’Angola ainsi qu’au corridor de Lobito.

La question de l’énergie reste toutefois centrale. Lors de son passage à Mbuji-Mayi en août 2026, les autorités et les acteurs locaux ont notamment évoqué la centrale hydroélectrique de Tubi Tubidi II, la relance de la MIBA, la construction d’une cimenterie et l’accélération des travaux routiers.

Le chantier est donc immense. Routes, eau, énergie, santé, éducation, agriculture, industrie et emploi : les besoins restent considérables.

Rendre justice au Kasaï ne consiste toutefois pas seulement à construire quelques routes ou bâtiments. Il s’agit aussi de créer les conditions permettant à ses habitants de rester, d’investir et de développer leurs activités sur place.

C’est dans cette perspective que les partisans de Félix Tshisekedi mettent en avant une nouvelle politique d’investissement dans la région. Ses détracteurs, eux, restent en droit d’interroger le rythme des travaux, leur qualité, leur financement et leurs résultats concrets.

Une chose paraît cependant difficile à nier : le débat sur le Kasaï ne peut plus être réduit à celui de la migration de ses populations.

La véritable question est désormais de savoir si les investissements annoncés et les infrastructures en cours permettront de transformer durablement le potentiel économique de la région.

Car le jour où un jeune de Mbuji-Mayi pourra trouver un emploi, entreprendre, étudier et construire son avenir sans être obligé de partir à Kinshasa ou à Lubumbashi, la migration kasaïenne ne sera plus perçue comme un exode économique, mais comme un choix parmi plusieurs possibilités.

Le Kasaï attend donc des routes, de l’électricité et des industries. Mais il attend surtout une économie capable de retenir ses talents.

Et c’est peut-être là que se joue véritablement l’histoire de la renaissance du Grand Kasaï.

Rav Daniel Kambowa