Hamisi Ngalula Kakese à Congo Buzz TV : « Entreprendre, c’est identifier un besoin et créer de la valeur »

Hamisi Ngalula Kakese à Congo Buzz TV : « Entreprendre, c’est identifier un besoin et créer de la valeur »

Entrepreneuriat en RDC, défis du commerce des smartphones et perspectives pour la jeunesse congolaise.

Dans un entretien accordé à Congo Buzz TV, Hamisi Ngalula Kakese, directeur général d’iPhone Congo, revient sur son parcours entrepreneurial, les réalités du marché des smartphones en République démocratique du Congo et les perspectives offertes aux jeunes désireux de se lancer dans les affaires. Présente à Lubumbashi, Kolwezi et Kamina, son entreprise évolue dans un secteur marqué par une forte concurrence et des exigences croissantes des consommateurs.

Entretien conduit par Rav Daniel Kambowa, journaliste à Congo Buzz Télévision.

Question 1 : Comment est née l’idée de créer iPhone Congo et quel a été votre premier véritable défi ?

Hamisi Ngalula Kakese : L’idée de créer iPhone Congo est liée à mon intérêt pour le commerce et les nouvelles technologies. Aujourd’hui, le smartphone est devenu un outil essentiel dans notre quotidien. Il permet de communiquer, de travailler, de s’informer, de développer une activité commerciale et même de créer des opportunités professionnelles.

J’ai compris qu’il existait un espace pour développer une entreprise spécialisée dans cet univers et construire une relation durable avec les consommateurs congolais.

Mais avoir une idée ne suffit pas. Le véritable défi consiste à transformer cette idée en une activité concrète, à convaincre les premiers clients et à gagner leur confiance. Dans le commerce, la confiance est un capital aussi important que l’argent.

Il faut également apprendre à connaître son marché, comprendre les attentes des clients, maîtriser ses dépenses et faire preuve de discipline dans la gestion.

Avec iPhone Congo, notre ambition est de développer une enseigne capable de se rapprocher de sa clientèle. Notre présence à Lubumbashi, Kolwezi et Kamina s’inscrit dans cette dynamique.

Question 2 : Quelles ont été les principales épreuves rencontrées et comment les avez-vous surmontées ?

Hamisi Ngalula Kakese : Le parcours entrepreneurial n’est jamais un long fleuve tranquille. On parle souvent des résultats, mais on évoque moins les inquiétudes, les sacrifices, les risques et les responsabilités qui accompagnent la gestion d’une entreprise.

Dans le commerce des smartphones, il faut notamment composer avec la concurrence, les variations des prix d’approvisionnement, les attentes des consommateurs et la nécessité de maintenir une bonne gestion financière.

Un entrepreneur doit également apprendre à prendre des décisions dans des situations où les ressources sont limitées et où les résultats ne sont pas toujours immédiats.

Face à ces difficultés, je considère que la discipline, la patience et la capacité d’apprendre sont essentielles. Il faut savoir analyser ses erreurs, revoir ses stratégies lorsque cela est nécessaire et éviter de confondre les recettes réalisées avec les bénéfices réellement disponibles.

Je retiens surtout qu’entreprendre demande de la persévérance, mais aussi du réalisme. Il ne suffit pas d’être ambitieux : il faut être capable de transformer son ambition en décisions concrètes et responsables.

Question 3 : Comment avez-vous financé et structuré votre expansion ? Quelles erreurs les jeunes entrepreneurs doivent-ils éviter ?

Hamisi Ngalula Kakese : Le développement d’une entreprise dans plusieurs villes ne se résume pas à ouvrir de nouveaux points de vente. Il faut être capable de gérer les stocks, de suivre les recettes et les dépenses, de contrôler les opérations et de maintenir une qualité de service cohérente.

Pour un entrepreneur, l’expansion doit être progressive et fondée sur une bonne connaissance du marché. Avant d’ouvrir un nouveau point de vente, il est important d’évaluer la demande, les charges fixes, les coûts logistiques et les capacités réelles de l’entreprise.

Je conseille aux jeunes entrepreneurs d’éviter plusieurs erreurs. La première est de vouloir grandir trop rapidement, sans disposer d’une organisation suffisante. La deuxième consiste à mélanger l’argent de l’entreprise avec ses dépenses personnelles. La troisième est de négliger la comptabilité et le suivi quotidien des opérations.

Il faut aussi éviter de s’endetter sans avoir évalué sa capacité de remboursement.

Concernant le financement, chaque entrepreneur doit rechercher un modèle adapté à ses moyens et à son activité. Il peut s’agir de fonds propres, de bénéfices réinvestis ou, lorsque les conditions le permettent, d’un financement extérieur maîtrisé.

L’essentiel est de construire sur des bases solides. Une entreprise qui grandit lentement, mais qui maîtrise ses opérations, peut être plus résiliente qu’une entreprise qui multiplie les points de vente sans préparation.

Question 4 : Comment une jeune entreprise peut-elle se démarquer dans un marché très concurrentiel ?

Hamisi Ngalula Kakese : Dans le commerce des smartphones, la concurrence est forte et le consommateur est de plus en plus attentif au prix, à la qualité du produit et au service proposé.

Je pense qu’une entreprise ne doit pas chercher à se différencier uniquement par le prix. Elle doit aussi miser sur la confiance, la transparence et la qualité de la relation avec sa clientèle.

Lorsqu’un client achète un téléphone, il veut savoir ce qu’il achète, à quel prix, dans quelles conditions et avec quelles garanties. Il est donc important de lui fournir des informations claires, de préciser les conditions de vente et de rester disponible lorsqu’il rencontre une difficulté.

La question de l’authenticité des appareils est également essentielle. Les vendeurs doivent être transparents sur la provenance et l’état des produits, notamment lorsqu’il s’agit d’appareils neufs ou d’occasion.

Une jeune entreprise ne dispose pas nécessairement des moyens financiers des grandes enseignes, mais elle peut développer des avantages importants : la proximité, l’écoute, la réactivité et une meilleure connaissance des besoins de ses clients.

Chez iPhone Congo, nous considérons que la relation avec la clientèle doit rester au centre de notre démarche. Notre devise, « Mieux vous servir est notre devoir », exprime cette volonté de placer le service au cœur de notre activité.

La confiance ne se décrète pas. Elle se construit au quotidien, par les actes et par la manière dont une entreprise respecte ses engagements.

Question 5 : Quel conseil concret donneriez-vous à un jeune Congolais qui souhaite entreprendre avec des moyens limités ?

Hamisi Ngalula Kakese : Mon premier conseil à la jeunesse congolaise est simple : ne pensez pas qu’il faut nécessairement disposer de beaucoup d’argent pour commencer à entreprendre. Il faut d’abord identifier un besoin réel et réfléchir à la manière d’y répondre avec les moyens dont on dispose.

Jeune, si vous souhaitez entreprendre, commencez par observer votre environnement. Quels sont les besoins des habitants de votre quartier ? Quels services manquent aux commerçants ? Quels problèmes pouvez-vous résoudre ? Quelles compétences possédez-vous déjà et comment pouvez-vous les valoriser ?

Ensuite, commencez à une échelle que vous pouvez gérer. Établissez un petit budget, calculez vos coûts, fixez des objectifs réalistes et suivez vos résultats. N’engagez pas toutes vos ressources dans une activité que vous n’avez pas suffisamment étudiée.

Je recommande également aux jeunes de se former, de rechercher des conseils auprès de personnes expérimentées et de développer leur réseau professionnel. Aujourd’hui, les outils numériques peuvent aussi aider à présenter ses produits, à communiquer avec les clients et à faire connaître une activité à moindre coût.

Enfin, il faut accepter que l’entrepreneuriat comporte des risques. L’échec ne doit pas être recherché, mais lorsqu’une difficulté survient, il faut en tirer des leçons et savoir s’adapter.

Je voudrais dire à la jeunesse congolaise que nous ne devons pas considérer l’entrepreneuriat uniquement comme une solution au chômage. Il peut aussi devenir un moyen de créer de la valeur, de répondre aux besoins de la population et, lorsque l’activité se développe, de contribuer à la création d’emplois.

Notre pays regorge de talents et d’opportunités. Nous avons besoin de jeunes qui osent entreprendre, mais qui le font avec sérieux, compétence, honnêteté et sens des responsabilités.

Mot de clôture

Je remercie une nouvelle fois Radio Okapi pour cette occasion de partager mon expérience.

À travers iPhone Congo, nous poursuivons notre engagement dans le commerce des smartphones et des accessoires technologiques. Notre présence à Lubumbashi, Kolwezi et Kamina constitue une étape dans le développement de notre activité.

Je souhaite encourager les jeunes Congolais à croire en leurs capacités, à se former, à commencer avec les moyens disponibles et à construire leurs projets avec patience et discipline.

La réussite entrepreneuriale ne se mesure pas uniquement à la taille d’une entreprise, mais aussi à sa capacité à répondre à un besoin, à respecter ses clients et à inscrire son activité dans la durée.

Propos recueillis et présentés par Rav Daniel Kambowa, journaliste à Congo Buzz Télévision.