RDC : la C64 mise sur un tête-à-tête Tshisekedi-Kabila, pendant que Kagame avance ses pions

RDC : la C64 mise sur un tête-à-tête Tshisekedi-Kabila, pendant que Kagame avance ses pions

La C64 plaide pour une solution congolaise à la crise qui secoue la République démocratique du Congo. Réunie à Rome, la plateforme souhaite rencontrer Félix Tshisekedi et Joseph Kabila afin de contribuer à la recherche d’une issue politique. Mais cette démarche soulève une interrogation majeure : en privilégiant un face-à-face entre les deux figures politiques congolaises, la C64 ne risque-t-elle pas de reléguer au second plan la dimension régionale du conflit dans l’Est du pays ?

L’idée de privilégier un dialogue entre Congolais peut se défendre. Après des années de tensions politiques et de violences armées, une concertation entre les principaux acteurs nationaux pourrait contribuer à réduire les divisions internes. Mais présenter la crise comme un problème essentiellement congolais ne suffit pas à expliquer la complexité de la situation sécuritaire dans l’Est.

Kinshasa accuse Kigali de soutenir le mouvement rebelle M23, une accusation étayée par des rapports des Nations unies, tandis que le Rwanda a contesté certaines accusations portées contre lui. Cette dimension régionale demeure incontournable dans toute recherche de paix durable.

Dès lors, une question se pose : à quoi servirait un rapprochement entre Félix Tshisekedi et Joseph Kabila si les enjeux militaires et diplomatiques qui alimentent le conflit ne sont pas traités avec la même détermination ? Le dialogue politique interne peut contribuer à apaiser les tensions, mais il ne saurait, à lui seul, résoudre une crise qui dépasse les frontières congolaises.

C’est là que la démarche de la C64 mérite d’être interrogée. Pourquoi placer la rencontre entre Tshisekedi et Kabila au centre de la recherche d’une solution ? Quelle place la plateforme réserve-t-elle aux responsabilités des acteurs régionaux ? Et comment compte-t-elle articuler son initiative avec les mécanismes diplomatiques déjà engagés pour mettre fin aux violences dans l’Est ?

Ces questions ne prouvent pas que la C64 défend les intérêts d’un camp politique ou d’une puissance étrangère. Elles invitent néanmoins ses animateurs à préciser leurs objectifs, leur méthode et les garanties qu’ils proposent pour que le dialogue ne détourne pas l’attention des enjeux sécuritaires.

Car pendant que les responsables politiques discutent des conditions d’un éventuel rapprochement, les populations de l’Est continuent d’attendre des réponses concrètes : la fin des combats, la protection des civils, le retour des déplacés et le rétablissement effectif de l’autorité de l’État.

La RDC a besoin d’un dialogue politique crédible, mais aussi d’une stratégie claire face aux ingérences extérieures et aux ambitions régionales. Opposer ces deux exigences serait une erreur. Les traiter ensemble constitue l’un des principaux défis de toute initiative de paix.

Au fond, la question demeure : la C64 veut-elle simplement rapprocher deux adversaires politiques congolais ou propose-t-elle une véritable stratégie pour sortir la RDC de la crise ? Et si le dialogue entre Tshisekedi et Kabila est nécessaire, comment éviter qu’il ne fasse oublier les autres acteurs du conflit ?

Pour qui roule réellement la C64 ? La question est politiquement provocatrice, mais la réponse devra venir des objectifs, des propositions et des résultats concrets de cette initiative.

Rav Daniel Kambowa