Confusion entre liberté d’expression et impunité : Jusqu’où peut aller un journaliste sous couvert de liberté de la presse en RDC ?

Par Rav Daniel Kambowa, Journaliste politique et étudiant en Droit, passionné par le domaine juridique

Alors que le débat sur les atteintes à la liberté de la presse en République Démocratique du Congo refait surface, une question fondamentale mérite d’être posée : jusqu’où un journaliste peut-il aller dans ses propos sans franchir la ligne rouge du droit ?

La liberté d’expression est-elle une autorisation tacite à diffamer, inciter à la haine ou servir des agendas subversifs, parfois même violents ?

Que dit la loi ?

En RDC, la liberté d’expression est garantie par l’article 23 de la Constitution, qui stipule que « toute personne a droit à la liberté d’expression ». Toutefois, cette liberté n’est pas absolue. Elle s’exerce « dans le respect de la loi, de l’ordre public, des bonnes mœurs et des droits d’autrui ». Cette précision juridique établit une frontière claire : le journaliste ne peut se prévaloir de sa profession pour enfreindre la loi.

Le Code pénal congolais, de son côté, sanctionne la diffamation, l’imputation dommageable et l’incitation à la révolte. De même, la Loi n° 96-002 du 22 juin 1996 sur la liberté de la presse encadre strictement les responsabilités des professionnels de l’information. Elle prévoit des sanctions en cas de publication de fausses nouvelles, d’atteinte à la sûreté de l’État ou d’atteinte à la dignité d’autrui.

Dérives professionnelles et vide

En pratique, la liberté de la presse en RDC se heurte à deux réalités : d’un côté, des abus commis par certains agents de l’État à l’encontre des journalistes critiques, et de l’autre, des dérives internes à la profession. Il est de plus en plus fréquent de voir des journalistes s’ériger en militants politiques, en relais de groupes armés ou en instruments de règlement de comptes personnels.

Certains invoquent leur statut pour échapper à toute poursuite, même lorsqu’ils diffusent des contenus mensongers, incitent à la haine ethnique ou manipulent l’opinion publique au profit d’intérêts privés. Cette attitude conforte une idée dangereuse : la liberté d’expression serait un bouclier contre toute responsabilité.

Une ligne de démarcation à tracer

Être journaliste ne confère pas une immunité juridique. Le droit à l’information doit s’accompagner d’un devoir de vérification, de neutralité et de respect de la déontologie. La RDC gagnerait à renforcer les mécanismes d’autorégulation, en consolidant le rôle des structures comme l’UNPC ou le CSAC, et en adaptant la législation aux réalités numériques actuelles.

L’enjeu est double : protéger les journalistes réellement engagés dans la recherche de la vérité, tout en isolant ceux qui usurpent la noble mission d’informer pour servir des causes illicites.

Il est impératif de sortir de cette confusion entre liberté d’expression et impunité. La presse congolaise ne pourra jouer pleinement son rôle de quatrième pouvoir que si elle agit dans le cadre de la légalité, avec conscience professionnelle et responsabilité citoyenne. La liberté de la presse ne saurait être un blanc-seing pour la désinformation ou la subversion.

Rédaction