À une trentaine de kilomètres à l’ouest de Kolwezi, dans le territoire de Mutshatsha, se cache un petit empire oublié du développement : le Secteur de Luilu. Quatre groupements, 182 villages, et un sous-sol qui ferait pâlir les actionnaires de Glencore ou Ivanhoe. Le sol est riche, mais les gens, eux, crient famine.
Dans ce coin luxuriant de savane herbeuse, la terre regorge de cuivre à une teneur exceptionnelle de 2,67% selon les études de la société Africa Mineral. Cobalt, or, cassitérite… le sous-sol est un véritable buffet minéral. Et pourtant, les habitants vivent dans un dénuement digne d’un mauvais documentaire sur la misère africaine. Mais attention, ici la pauvreté a un parfum particulier : celui de la corruption organisée.
Une gestion digne d’un roman de fiction… ou de prison
Le Secteur est dirigé par Madame Betty Kyando Katoke, une femme dont la gestion, à en croire les documents en notre possession, ferait passer la comptabilité de la SODEM pour un exemple de rigueur suisse. Entre népotisme, enrichissement personnel et clientélisme rampant, le secteur est géré comme une entreprise familiale non déclarée au RCCM.
Commençons par les salaires de la haute administration locale. Avec un taux officiel de 2954,40 $/mois, certains fonctionnaires semblent confondre « secteur de Luilu » et « ambassade en Suisse ».
Fonction Salaire mensuel
Chef de secteur 9 000 $
Échevin 5 500 $
Secrétaire administratif 4 000 $
Receveur 3 900 $
… …
Huissier 700 $
Femme de ménage 700 $
Jardinier 700 $
Police locale 700 $
Une grille salariale qui ferait rougir un ministre, dans un secteur où aucune route n’est asphaltée, aucun hôpital n’est équipé et l’école est encore un luxe pour les enfants.
Des millions de dollars… pour des chantiers fantômes
Mais la farce ne s’arrête pas là. L’État, ou plutôt ceux qui parlent en son nom, ont lancé des dizaines de projets pharaoniques, aux montants colossaux, pour des résultats invisibles à l’œil nu et même au satellite.
Voici quelques extraits du festival des chiffres, des marchés attribués dans un flou juridique absolu :
Forage de 45 puits : 472 500 $
Construction de hangar à Lenge : 19 900 $
Acquisition de bancs scolaires : 1 246 349,75 $
Asphaltage avenue Mwembi à Mupanja : 504 744,76 $
Acquisition de 4 jeeps techniques : 359 600 $
Achat de deux camions-poubelles : 198 940 $
Corbillard : 74 240 $
Et pourtant, selon nos constatations, plusieurs de ces infrastructures sont soit inachevées, soit introuvables, soit réalisées par des “entreprises mallettes” dont le seul bureau connu est une boîte Gmail.
Dette fantôme et loi bafouée
En guise de cerise sur le gâteau de l’absurde, le secteur affiche une dette commerciale de 25 190 219 457,32 FC au titre d’arriérés de salaires, alors que les fonds coulent à flots. La passation des marchés échappe à toute norme juridique : aucun appel d’offres conforme, aucune transparence, aucune redevabilité. Le tout géré comme un « bien privé », avec les deniers publics.
Quand l’État regarde ailleurs
Ce n’est plus une question de bonne gouvernance. C’est une défaillance structurelle de l’État congolais, une abdication de ses responsabilités les plus élémentaires. Pendant que des familles creusent à mains nues pour quelques grammes de cuivre, des millions s’évaporent sans trace, avec la complicité d’un système qui a fait du pillage sa norme.
À suivre…
Dans notre prochain article, nous vous livrerons un dossier exclusif sur la qualité des réalisations, la traçabilité des entreprises impliquées, et les détournements à ciel ouvert dans ce royaume minier sans foi ni loi.
Serrons nos ceintures. Le voyage dans les profondeurs de la gouvernance de Luilu ne fait que commencer.
Rédaction






