Au Burkina Faso, pendant que les armes crépitent, le silence, lui, tonne.
Le week-end dernier, une série d’attaques coordonnées a endeuillé le nord et l’est du pays, faisant plus de 180 morts. À Titao, une base militaire aurait été prise d’assaut, coûtant la vie à près de 80 soldats, selon des documents consultés par l’agence Reuters.
Pendant ce temps, à Ouagadougou, le silence officiel semble avoir été décrété plus rapidement que l’état d’alerte.
À la tête du pays, le capitaine Ibrahim Traoré, incarnation d’un pouvoir militaire né dans la promesse de restaurer la sécurité et la souveraineté, n’a pour l’instant fait aucune déclaration publique. Pas un mot. Pas un communiqué. Pas même une phrase calibrée pour rassurer une population qui, elle, ne dort plus.
Dans un pays où chaque attaque est désormais annoncée d’abord par les rumeurs WhatsApp, ensuite par les médias internationaux, et parfois beaucoup plus tard par les autorités, la communication semble être devenue une option stratégique. Ou un luxe.
La junte avait pourtant justifié sa prise de pouvoir par l’incapacité des dirigeants précédents à endiguer l’insécurité. Ironie tragique : aujourd’hui, ce ne sont pas seulement les villages qui tombent sous les coups des groupes armés, mais aussi la promesse d’un changement rapide et radical.
On gouverne au nom du peuple. Mais informe-t-on encore ce peuple ?
À défaut de déclarations officielles, les chiffres circulent. Les familles pleurent. Les soldats tombent. Et la question demeure : le silence est-il un outil de guerre… ou l’aveu d’un désarroi ?
Dans les capitales sahéliennes, le pouvoir s’affiche souvent en treillis. Mais face aux assauts répétés, ce ne sont pas les uniformes qui parlent ce sont les actes. Et, pour l’instant, ce sont surtout les absences qui résonnent.
Le Burkina Faso n’a pas seulement besoin d’armes. Il a besoin de vérité.
Rav Daniel Kambowa






