En décorant Fally Ipupa, Félix Tshisekedi a-t-il voulu éviter la colère de Werrason, JB, Ferré et Koffi ?

La cérémonie de décoration de Fally Ipupa par le président Félix Tshisekedi n’a pas seulement consacré une star de la musique congolaise. Elle a également donné lieu à un exercice politique et diplomatique digne des plus grands équilibristes de la République.

Alors que tous les projecteurs étaient braqués sur « Dicap la Merveille », le Chef de l’État a pris soin de rappeler que le soleil de la musique congolaise ne se lève pas uniquement à l’Est de la planète Fally. Dans un discours particulièrement calculé, Félix Tshisekedi a cité Werrason, JB Mpiana, Ferré Gola, Jossart N’Yoka Longo, Zaiko Langa Langa et Koffi Olomide.

Une précaution nécessaire ? Certains observateurs le pensent.

Car en République démocratique du Congo, décorer un artiste sans mentionner les autres légendes pourrait être interprété comme une déclaration de guerre culturelle. Entre les « Générations conscientes », les « Warriors », les « Golois », les « Mopaoistes » et les nostalgiques de Zaiko, le Président semblait déterminé à éviter qu’une simple médaille ne se transforme en débat national.

En honorant Fally Ipupa, Félix Tshisekedi a reconnu le parcours exceptionnel d’un artiste devenu une référence continentale. Mais en citant ses prestigieux aînés et contemporains, il a envoyé un message clair : une légende peut être célébrée sans effacer celles qui ont écrit les premières pages de l’histoire.

Sur les réseaux sociaux, certains y voient déjà une forme de « partage équitable des honneurs ». D’autres ironisent en affirmant que le Président a distribué des fleurs à tout le monde afin d’éviter une crise diplomatique dans la galaxie musicale congolaise.

Une chose reste certaine : si Fally Ipupa était l’invité principal de la fête, les autres géants de la rumba n’ont pas été oubliés dans le discours présidentiel. Une manière élégante de rappeler que la musique congolaise ressemble davantage à un royaume composé de plusieurs couronnes qu’à un trône occupé par un seul roi.

Et pendant que les fans débattent pour savoir qui mérite quoi, la République, elle, semble avoir choisi de célébrer toute une histoire musicale à travers l’un de ses ambassadeurs les plus influents.

Bems Badjoko