Justice: Constant Mutamba ou l’art de rester debout quand la République veut te mettre à genoux

Ah, la RDC ! Ce pays où les accusations volent plus vite que les dossiers judiciaires n’atterrissent sur les bureaux des magistrats. Dernière victime en date ? Le ministre de la Justice, Constant Mutamba, sommé par une frange bruyante de l’opinion de déposer sa démission dans les 24 heures suivant… une autorisation de poursuites. Rien que ça !

Mais avant que les réseaux sociaux ne transforment l’affaire en série Netflix politique, un peu de droit, un peu de bon sens et beaucoup de satire s’imposent.

  1. L’autorisation des poursuites : une invitation, pas une condamnation !

Non, chers excités du clavier, une autorisation de poursuites, ce n’est pas une mise en accusation. Ce n’est même pas un demi-procès. C’est juste le feu vert pour enquêter, pas pour crucifier.
En d’autres termes, ce n’est pas parce qu’on vous autorise à chercher que vous avez déjà trouvé. Sinon, autant condamner tout le monde dès la moindre suspicion !

  1. Le droit, ce mal aimé des débats médiatisés

Heureusement qu’il existe encore des juristes sobres et intelligents comme le Professeur Eddy Mwanzo, pour rappeler que le compte à rebours de 24 heures ne commence pas après le vote de l’Assemblée, mais après la mise en accusation. Oui, mesdames et messieurs, il y a un monde entre ces deux termes. L’un est une simple permission, l’autre, une décision judiciaire formelle.
Mais il est plus facile de crier “Démission !” que de lire l’article 80 de la loi sur la procédure devant la Cour de cassation, ou pire, l’article 167 de la Constitution. Et puis, on est fatigués, non ?

  1. Mise en accusation ? Pas encore. Peut-être jamais.

La mise en accusation, c’est un acte grave, solennel, rédigé par un magistrat qui enquête sérieusement, croise les preuves, interroge, vérifie, analyse.
Pas un micro-trottoir parlementaire.
Pas un débat enflammé sur un plateau TV. Pas un tweet de 280 caractères rédigé entre deux gorgées de café.

Et surtout : pas automatique ! Un non-lieu reste possible. Et ça, ça dérange.

  1. Constant Mutamba, un cas d’école… et de résistance juridique

L’homme résiste. Il ne démissionne pas. Il invoque le droit. Et c’est justement ce qu’on lui reproche. Dans un pays où l’instinct prime parfois sur la loi, défendre ses droits est perçu comme un acte de provocation. Mais Mutamba n’a pas lu le droit pour faire joli. Il s’en sert, et avec raison.

  1. Et si on s’éduquait, pour changer ?

Voici une idée révolutionnaire : lire la loi avant de hurler à la trahison.
Apprendre que dans une République, le droit est au-dessus des émotions.
Accepter qu’un ministre n’est pas une marionnette qu’on pousse à la démission au moindre coup de vent.
Et surtout, comprendre que la présomption d’innocence, ce n’est pas une option, c’est un principe.

Constant Mutamba n’est pas coupable. Il n’est même pas encore mis en accusation. Il est juste devenu la cible d’un spectacle politique où l’on confond la scène et la salle d’audience. Alors, qu’il reste debout, calme, serein, pendant que le vent du populisme souffle.
Parce qu’à la fin, ce n’est pas le plus bruyant qui a raison, mais le plus conforme au droit.

Et pour ceux qui insistent encore sur une démission rapide :
« La loi, c’est la loi », pas un commentaire Facebook.

Rav Daniel Kambowa