Lettre ouverte à Jacques Kyabula Katwe : Par Daniel Kambowa, Journaliste politique & Étudiant en Droit
Excellence,
Voilà plus de deux mois que vous êtes bloqué à Kinshasa, loin de Lubumbashi, votre terre politique, votre scène naturelle. Deux mois d’incertitudes, de spéculations et d’attentes interminables. Et pendant ce temps, le Haut-Katanga apprend à fonctionner sans vous, comme une famille qui s’habitue à vivre sans son chef de ménage. Cruel ? Oui. Mais c’est ainsi que va la politique congolaise : elle n’attend personne.
En RDC, Excellence, vous le savez : quand la confiance de la hiérarchie disparaît, ce n’est pas un accident, c’est une sentence. La politique est un jeu d’intérêts, pas de sentiments. Le jour où vos intérêts cessent de coïncider avec ceux du sommet, vous devenez un fardeau. Et un fardeau, en politique, on ne le porte pas longtemps.
Vous avez été humilié publiquement rappelons cet épisode où, lors d’une rencontre avec le Chef de l’État et l’Union sacrée, vous auriez été invité à quitter la salle. Image forte, symbole cruel : un gouverneur réduit à spectateur de sa propre disgrâce.
Vos proches essaient de sauver l’apparence. Ils recyclent vos vidéos de loyauté envers le Président, ils commandent des sondages secrets pour prouver une demande populaire artificielle. Mais soyons sérieux : ni des vidéos anciennes ni des PowerPoint trafiqués ne ramèneront un gouverneur à son fauteuil.
Excellence, je vous le dis avec franchise et un brin de satire : votre dernière carte n’est pas de résister, mais de vous retirer.
Oui, démissionner. Quitter volontairement le gouvernorat du Haut-Katanga, non pas comme un homme vaincu, mais comme un stratège lucide. Un geste rare en politique congolaise, mais qui, paradoxalement, vous redonnerait du poids et de la dignité.
En annonçant votre départ, vous deviendriez maître de votre sortie. Vous prouveriez que vous savez sacrifier votre intérêt personnel pour la cohésion nationale et la stabilité institutionnelle. Vous pourriez, dans le même souffle, reconnaître officiellement Martin Kazembe Shula comme l’homme de confiance de la hiérarchie. C’est lui qui a aujourd’hui la faveur du Chef de l’État, et refuser cette évidence ne fera que prolonger votre agonie politique.
Imaginez la scène : Jacques Kyabula, gouverneur sortant, annonçant avec élégance son soutien à son successeur. Vous sortiriez par la grande porte, la tête haute, et vous ouvririez la voie à de nouvelles responsabilités nationales. Car votre carrière ne s’arrête pas à Lubumbashi : vous pouvez encore servir le pays autrement.
À la population du Haut-Katanga, je rappelle cette vérité simple mais dure : les individus passent, les institutions restent. Hier, c’était Kyabula ; aujourd’hui, c’est Kazembe. Demain, ce sera un autre. Ce qui compte, ce n’est pas de défendre des noms, mais de soutenir l’État et ses choix.
Excellence, le temps n’est plus à la résistance inutile, mais à la sortie honorable. Vous pouvez encore écrire votre histoire en homme d’État. Mais si vous attendez trop, vous risquez de la subir en homme humilié.
Avec respect, franchise et conviction,
Daniel Kambowa
Journaliste politique & Étudiant en Droit






