Lubumbashi : Quand le “Peuple d’abord” se heurte à “Kasongo d’abord”

En République Démocratique du Congo, il y a les slogans… et il y a la réalité. Le slogan présidentiel « Le peuple d’abord », fièrement brandi par Félix Tshisekedi depuis 2019, est en train de se faire piétiner par des bottes militaires poussiéreuses, au nom de la spoliation institutionnalisée. Dernier épisode en date : le feuilleton spoliation concession de 6 hectares à Kabulameshi, Lubumbashi, où un général se prend pour le shérif du Far West.

Acte I – Le galon au-dessus de la loi

Sur l’avenue Général Muyumba, l’uniforme du général Kasongo Kabwik, patron du Service National, brille davantage que les titres de propriété de Madame Tshola, pourtant détentrice légale de la concession en litige. Car au pays des droits de l’homme forts, le simple citoyen n’est qu’un figurant dans la comédie de l’État de droit.

Le général, casque haut, morale basse, occupe illégalement le terrain, affirmant agir sur “instruction de la Présidence”. Une formule magique qui transforme tout abus en mission sacrée. Dans les coulisses, on chuchote qu’il protège les intérêts d’un mystérieux Italien, un certain Noka Walter. Le Congo, visiblement, est plus hospitalier pour les spéculateurs étrangers que pour ses propres citoyens.

Acte II – Le coup d’État local déguisé en réquisition

Quand la justice civile tente une timide incursion dans ce chaos, elle est vite remise à sa place : derrière les lignes. Le général, dans un tour de passe-passe spectaculaire, obtient une réquisition de l’auditorat militaire pour faire interdire… la réquisition du parquet général. Résultat : des militaires embarquent les policiers, pourtant déployés légalement. Non, ce n’est pas un sketch comique, c’est la RDC, 2025.

Ici, les lois ne s’appliquent pas de la même manière selon le nombre d’étoiles cousues sur vos épaules. Pendant ce temps, le citoyen lambda regarde, impuissant, ses droits se faire broyer sous les chenilles d’une armée qui se rêve au-dessus de la République.

Acte III – Bulldozer & Kulunas S.A.

Mais l’homme de Kanyama Kasese ne s’arrête pas là. Dans un zèle destructeur, il fait démolir les chantiers en cours, alors même que le litige est pendant devant la justice. Une justice piétinée, humiliée, enterrée… sous les gravats d’un État qui s’effondre avec fracas.

Sur des vidéos captées par des riverains, on voit les destructions en direct. Pas de décision judiciaire, pas d’huissier, juste des muscles, des engins, et une légalité aux abonnés absents. Pire encore : les fameux “kulunas réinsérés” par le Service National se transforment en milice de fait, terrorisant la population locale. Formation militaire ou formation de nuisance ? Là aussi, mystère et boule de gomme.

Un État de droit à géométrie variable ?

La question fuse : où est passé l’État de droit vanté à chaque allocution présidentielle ? Peut-on encore parler de démocratie lorsqu’un général foule au pied décisions judiciaires, lois de la République, et droits fondamentaux, en toute impunité ?

Derrière cette affaire foncière, c’est toute la façade institutionnelle congolaise qui tremble. Car il ne s’agit plus simplement d’un conflit de propriété, mais d’un bras d’honneur à la République elle-même. Les plus cyniques y verront un cas d’école de rébellion en uniforme. D’autres parleront carrément de gangstérisme institutionnel.

Un tandem troublant : Kasongo & Kapend

Selon plusieurs sources, le général Kasongo n’agirait pas seul. Il bénéficierait du parapluie bienveillant du général Eddy Kapend, commandant de la 22ᵉ région militaire. Un duo explosif qui alimente les soupçons de mafia militaro-foncière, logée au cœur même des Forces Armées. Un État dans l’État, ou plutôt une milice sous uniforme républicain.

Silence radio à la Présidence

Le nom du Président de la République est cité. “Instruction de la Présidence”, dit le général. Si ce n’est pas vrai, le silence de la Présidence vaut complicité. Si c’est vrai, c’est encore pire. Dans les deux cas, le chef de l’État doit trancher : l’armée est-elle au service de la nation ou d’intérêts privés ? “Le peuple d’abord”, est-ce un slogan de campagne ou un véritable socle de gouvernance ?

Le scandale de Lubumbashi est un test. Un test pour la justice. Un test pour la Présidence. Un test pour l’État. Et pour l’instant, le peuple regarde. Et le peuple attend. Mais jusqu’à quand ?

Rédaction