Lubumbashi : spoliation, abus de pouvoir et silence troublant du sommet

Le slogan « Le peuple d’abord », brandi avec ferveur par le président Félix Tshisekedi comme socle de son action politique, semble vaciller face à certaines pratiques qui défient l’État de droit. À Lubumbashi, une affaire de spoliation foncière impliquant le général Kasongo Kabwik, patron du Service national, met en lumière les contradictions criantes entre les discours institutionnels et la réalité sur le terrain.

Une occupation forcée malgré les titres légaux

Le général Kasongo est accusé d’avoir illégalement occupé une concession d’environ six hectares située sur l’avenue Général Muyumba, au quartier Kabulameshi. Le terrain appartient pourtant à Madame Tshola, détentrice des titres fonciers en bonne et due forme. Malgré cela, le militaire s’est installé en force, refusant de libérer les lieux et invoquant de prétendues instructions en provenance directe de la présidence de la République.

Selon plusieurs sources, le général couvrirait en réalité les intérêts d’un ressortissant italien, un certain Noka Walter, utilisant la bannière du Service national comme paravent.

Quand l’armée humilie la justice

Déterminé à asseoir son emprise sur la parcelle, le général Kasongo est allé jusqu’à obtenir une réquisition de l’auditorat militaire, toujours en prétendant agir « au nom du commandant suprême ». Dans un scénario surréaliste, des militaires ont interpellé les policiers dépêchés par le parquet général pour protéger le site, illustrant une fois de plus la dérive autoritaire et l’ingérence manifeste dans le fonctionnement de la justice civile.

Un tel affront n’est pas anodin. Il consacre, aux yeux de nombreux observateurs, une inversion dangereuse des rapports entre pouvoir civil et pouvoir militaire. En clair, une armée qui se croit au-dessus des lois.

Destruction illégale et climat de peur

Dans un acte encore plus troublant, le général Kasongo a fait démolir plusieurs chantiers sur le site litigieux, alors que l’affaire est toujours pendante devant la justice. Une opération conduite sans ordonnance judiciaire, en violation flagrante des procédures. Des vidéos circulant sur les réseaux sociaux montrent les destructions en cours, documentant ainsi un usage illégal de la force.

À cela s’ajoute un climat d’insécurité grandissant. D’anciens délinquants urbains, prétendument « formés » par le Service national et logés sur le site, sont aujourd’hui introuvables et accusés de semer la panique dans le quartier.

Un silence troublant au sommet de l’État

Face à cette situation, l’opinion publique s’interroge : où est passée la promesse de rupture ? Comment un officier supérieur peut-il ainsi défier les institutions judiciaires, instrumentaliser les forces armées, et agir en toute impunité ?

De plus en plus de voix s’élèvent pour exiger des sanctions. Car il ne s’agit plus simplement d’un litige foncier, mais d’un cas manifeste d’abus de pouvoir, de dévoiement de l’appareil sécuritaire, et de rébellion institutionnelle.

Le général Kasongo bénéficierait de la couverture bienveillante du général Edi Kapend, commandant de la 22e région militaire. Ensemble, ce duo alimente les soupçons d’un système mafieux niché au cœur même des forces de défense.

La Présidence au pied du mur

Le nom du président Tshisekedi étant cité dans cette affaire, il devient impératif pour la Présidence de réagir. Laisser faire, c’est accepter que la parole présidentielle soit instrumentalisée pour couvrir des pratiques illégales. Agir avec fermeté, en revanche, c’est réaffirmer l’autorité de l’État et le respect de la justice pour tous, sans distinction de grade ni de fonction.

Dans un pays qui aspire à la rupture avec les pratiques du passé, la spoliation de Kabulameshi pourrait bien devenir le test décisif de la sincérité de la gouvernance actuelle.

Rédaction