Presque trois décennies après la chute de Mobutu, le nom de Laurent-Désiré Kabila continue de diviser, d’inspirer et d’interroger. Pour les uns, il reste le « libérateur » qui a mis fin à 32 ans de dictature. Pour les autres, il est le fondateur d’un système politique inachevé, dont la République Démocratique du Congo paie encore aujourd’hui le prix, notamment sur le plan sécuritaire et institutionnel.
Mais au-delà des slogans et des émotions, que fut réellement la lutte de Mzee Kabila ? Et surtout, quel héritage a-t-il laissé à la RDC d’aujourd’hui ?
Une lutte ancienne, idéologique et nationaliste
Contrairement à une idée répandue, Laurent-Désiré Kabila n’est pas apparu en 1996. Il est d’abord un maquisard des années 1960, engagé très tôt dans la lutte contre le pouvoir central postcolonial, qu’il considérait comme inféodé aux intérêts étrangers.
Sa vision était claire :
- Restaurer la souveraineté réelle du Congo
- Rendre sa dignité au peuple congolais
- Mettre fin à la confiscation de l’État par une élite prédatrice et des puissances extérieures
Sa lutte se voulait nationaliste, panafricaniste et anti-impérialiste. Pendant plus de trente ans, il restera dans les marges de l’histoire officielle, jusqu’à ce que la conjoncture régionale lui offre une opportunité historique.
1996–1997 : la chute de Mobutu et l’ambiguïté originelle
L’Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo (AFDL) qui porte Kabila au pouvoir est soutenue par plusieurs pays de la région, notamment le Rwanda et l’Ouganda.
Pour le peuple congolais, l’essentiel est ailleurs : Mobutu tombe. Cela suffit à créer une immense espérance.
Mais dès l’origine, une ambiguïté majeure s’installe :
- La libération est-elle une victoire strictement congolaise, ou le résultat d’un jeu géopolitique régional ?
Cette question va hanter tout le régime de Mzee Kabila.
La rupture de 1998 : de l’homme porté à l’homme assiégé
- Il renvoie les troupes étrangères
- Il affirme un discours ferme sur la souveraineté nationale
- Il s’oppose aux projets de mise sous tutelle du Congo
Cette rupture provoque la Deuxième guerre du Congo, l’une des plus meurtrières de l’histoire africaine moderne.
Paradoxalement, c’est à ce moment-là que Mzee Kabila incarne, pour beaucoup, la résistance symbolique de l’État congolais.
Un pouvoir fort, mais un État faible
- Hyper-centralisation du pouvoir
- Gouvernance personnalisée
- Faible reconstruction des institutions
- Peu de progrès vers un État de droit
Résultat : L’État congolais survit, mais ne se reconstruit pas réellement.
L’héritage sécuritaire : la racine du chaos actuel
- Les groupes armés sont héritiers directs des rébellions de 1998–2003
- L’armée congolaise est issue d’une intégration chaotique
- L’Est reste un espace de projection des conflits régionaux
En d’autres termes, la guerre n’a pas été terminée : elle a été reconfigurée.
Alors, libérateur ou fondateur d’un État inachevé ?
La réponse honnête est : les deux.
- Oui, il a libéré le pays de Mobutu
- Oui, il a restauré le discours de souveraineté
- Mais non, il n’a pas bâti un État solide et durable
- L’État est resté plus symbolique que fonctionnel
“Mzee Kabila a gagné la bataille du symbole, mais il a perdu la bataille de la construction de l’État.”
La grande question demeure :
Quand le Congo passera-t-il de la souveraineté proclamée à la souveraineté réellement organisée ?
Rav Daniel Kambowa
Journaliste – Analyste politique et Coach en leadership






