Il aurait pu ne jamais raconter cette histoire. Et nous, pauvres lecteurs, n’aurions jamais su à quel point le métier de journaliste indépendant comprenez non aligné, donc suspect est une activité à haut risque dans une capitale où la sécurité est un luxe et les déclarations officielles une routine bien huilée.
Patrick Lokala, que ses confrères appellent affectueusement « le rescapé du silence », a vu la mort de près, ou plutôt sous la forme d’un véhicule militaire non autrement identifié comme le sont tant d’autres choses en République.
« Grâce à Dieu j’ai eu la vie sauve après avoir été percuté par un véhicule militaire non autrement identifié », a-t-il confié, encore debout, mais visiblement secoué.
La scène aurait pu inspirer un film hollywoodien : un journaliste, micro à la main, vérité en bandoulière, percuté par la Défense nationale elle-même (ou une de ses extensions non identifiables). Il faut dire que dans ce pays, les journalistes indépendants ont parfois la mauvaise habitude de poser des questions qui dérangent un tort impardonnable en démocratie avancée.
Des autorités réactives… à la déclaration
À peine la nouvelle connue, les autorités se sont empressées de… ne rien dire. Une efficacité redoutable, fidèle à leur habitude d’intervenir promptement lors des réunions d’urgence sur l’urgence d’une réunion, pendant que les citoyens, eux, apprennent à esquiver les balles, les pickpockets et désormais, les véhicules militaires.
Quant à l’enquête ? Elle a été promise, comme toutes les autres. On attendra. En attendant, la santé de l’insécurité continue de s’améliorer chaque jour, à tel point qu’on pourrait bientôt lui décerner un diplôme honorifique.
La presse, ce sport extrême
Le cas de Patrick Lokala nous rappelle que le journalisme au Congo n’est pas un métier. C’est un acte de bravoure. Entre une justice qui ferme les yeux, une armée qui ouvre le capot, et une société qui s’habitue à tout, il faut avoir foi en Dieu et une bonne assurance vie.
Heureusement, Lokala s’en sort. Et c’est déjà un miracle. Peut-être que son prochain reportage s’intitulera : « Comment j’ai survécu à un accident institutionnel ».