RDC : Pendant que les grandes puissances se disputent nos minerais, nos élites se disputent les fauteuils

RDC : Pendant que les grandes puissances se disputent nos minerais, nos élites se disputent les fauteuils

Le monde change. La Chine avance, les États-Unis contre-attaquent, l’Europe cherche à retrouver son poids et les minerais critiques deviennent les nouveaux billets de banque de la géopolitique. Pendant ce temps, en République démocratique du Congo, une question demeure : que faisons-nous de notre cuivre, de notre cobalt, de notre coltan et de notre position stratégique ?

La réponse est parfois aussi simple que désarmante : nous organisons des cérémonies, des discours et des réunions pour expliquer que le Congo est « riche ».

Voilà plusieurs décennies que nous savons que la RDC est riche. Le problème n’a jamais été de découvrir ses richesses. Le problème, c’est de savoir pourquoi tant de puissances étrangères savent mieux que nous comment les transformer en puissance.

Selon Da Wei, professeur à l’Université Tsinghua, la Chine, les États-Unis et l’Union européenne figurent parmi les acteurs appelés à déterminer une grande partie de l’avenir du monde. Trois puissances qui se livrent une compétition féroce pour les marchés, les technologies, les capitaux et les matières premières stratégiques.

Et au milieu de cette partie d’échecs mondiale, il y a le Congo.

Un Congo qui possède certaines des ressources dont les industries du XXIᵉ siècle ont besoin. Un Congo qui dispose d’une position géographique exceptionnelle au cœur de l’Afrique. Un Congo qui pourrait peser dans les négociations internationales.

Mais voilà le paradoxe : nous avons les minerais, les autres ont les usines ; nous avons le cobalt, les autres maîtrisent les batteries ; nous avons le cuivre, les autres contrôlent davantage de chaînes de transformation ; nous avons le coltan, les autres fabriquent les équipements électroniques.

À croire que le sous-sol congolais appartient à la RDC, mais que son mode d’emploi est conservé ailleurs.

La Chine a progressivement consolidé une position dominante dans le secteur minier congolais. Les États-Unis cherchent désormais à sécuriser leurs propres chaînes d’approvisionnement en minerais critiques. L’Union européenne, elle aussi, veut réduire ses vulnérabilités et garantir son accès aux ressources stratégiques.

Tout le monde semble donc avoir un plan pour le Congo.

La question embarrassante est de savoir si le Congo en a un pour lui-même.

Car dans cette nouvelle bataille des puissances, les grandes capitales ne viennent pas à Kinshasa pour contempler le fleuve Congo au coucher du soleil. Elles viennent avec des contrats, des investissements, des intérêts stratégiques et des calculs géopolitiques.

Et nous ?

Nous arrivons parfois à la table des négociations avec notre drapeau, notre sourire diplomatique et un discours sur la « coopération gagnant-gagnant ».

Le gagnant, lui, reste à déterminer.

L’Union européenne cherche à sécuriser ses intérêts économiques et ses chaînes d’approvisionnement. Les États-Unis veulent diversifier leurs sources de minerais critiques. La Chine entend préserver son avantage industriel et minier.

Pendant ce temps, les élites congolaises devraient se poser une question beaucoup moins confortable : quelle est exactement notre stratégie nationale ?

Parce qu’un pays ne devient pas une puissance simplement parce qu’il possède du cobalt sous ses pieds.

Sinon, la RDC serait déjà une superpuissance mondiale.

La richesse naturelle sans industrie reste une promesse. Le minerai sans transformation reste une matière première. La matière première sans stratégie devient une dépendance.

Et la dépendance, elle, ne se proclame pas à la tribune. Elle se constate dans les chiffres.

Il ne suffit donc plus de dénoncer le pillage des ressources congolaises. Il faut aussi construire les institutions capables de l’empêcher. Il ne suffit plus de réclamer la souveraineté. Il faut disposer d’un État suffisamment organisé pour la défendre.

Les grandes puissances ont compris depuis longtemps que le cobalt congolais n’est pas seulement un minerai. Il est lié aux batteries, aux véhicules électriques, aux technologies et donc à la puissance industrielle.

Le coltan n’est pas simplement une pierre extraite dans les collines de l’Est. Il participe à des chaînes industrielles mondiales.

Le cuivre n’est pas seulement une matière première exportée depuis le Katanga. Il est indispensable aux réseaux électriques, aux infrastructures et à la transition énergétique.

Autrement dit, le monde industrialisé regarde le sous-sol congolais avec des lunettes géopolitiques.

Il serait peut-être temps que les élites congolaises en fassent autant.

Cela signifie négocier autrement. Exiger davantage de transformation locale. Obtenir des transferts de technologies. Développer une industrie nationale. Former des ingénieurs. Renforcer la diplomatie économique. Sécuriser les territoires miniers. Lutter contre la contrebande. Publier les contrats. Évaluer les retombées réelles pour les populations.

Et surtout, arrêter de confondre souveraineté et discours patriotique.

La souveraineté ne consiste pas à crier « le Congo est souverain » devant une caméra. Elle consiste à être suffisamment fort institutionnellement pour qu’un partenaire étranger sache qu’il négocie avec un État qui connaît ses intérêts et sait les défendre.

C’est ici que l’interpellation de Freddy Mulumba Kabuayi prend tout son sens. Pour ce politologue, éditeur responsable du magazine Renaissance du Congo, ancien directeur général ad intérim de la RTNC et écrivain, les élites congolaises doivent développer une véritable « volonté de puissance » et des « ambitions de grandeur ».

Le mot peut déranger. Mais il pose une question essentielle : combien de temps encore la RDC va-t-elle se contenter d’être le pays qui possède les ressources dont les autres ont besoin ?

Les grandes puissances ne se battent pas pour savoir qui va admirer le Congo. Elles se battent pour savoir qui aura accès à ce qui fera tourner l’économie mondiale de demain.

À Kinshasa, il serait peut-être temps de ranger les fauteuils, de fermer quelques albums photos de cérémonies officielles et d’ouvrir les dossiers stratégiques.

Parce que le XXIᵉ siècle ne sera pas gagné par ceux qui possèdent simplement des minerais.

Il sera gagné par ceux qui savent transformer leurs minerais en puissance.

Rav Daniel Kambowa