RDC: Pourquoi la gestion des hôpitaux ne devrait pas être réservée aux seuls médecins : Réflexions de Me Ariel Claude Nyembo Kambilo

La question de la gestion des institutions hospitalières en République Démocratique du Congo est un sujet qui suscite de nombreuses discussions, surtout après la récente nomination à la tête de l’Hôpital Général Mama Yemo d’un gestionnaire non médecin. Cette décision, qui a provoqué un véritable tollé au sein de la population et du milieu médical, soulève un point fondamental : la gestion des hôpitaux en RDC doit-elle obligatoirement être confiée à des médecins, ou peut-on envisager une gestion plus ouverte à d’autres professionnels ?

La perception erronée d’une gestion exclusivement médicale

Me Ariel Claude Nyembo Kambilo, avocat et analyste politique, prend position sur cette question en affirmant que la croyance largement répandue selon laquelle seule une personne ayant un parcours médical puisse diriger un hôpital est erronée. Selon lui, cette idée est en grande partie responsable de la dégradation de plusieurs institutions hospitalières de l’État.

« Une grande partie des Congolais pense qu’un hôpital ne peut être bien géré que par un médecin, et pourtant, c’est une idée fausse », déclare Me Nyembo. Selon l’avocat, cette perception ancienne et ancrée est l’une des raisons pour lesquelles plusieurs hôpitaux publics en RDC souffrent de problèmes de gestion, malgré les compétences et l’expertise médicale dont disposent certains de leurs directeurs.

Les lacunes de la formation des médecins dans la gestion

Un autre aspect soulevé par Me Nyembo est le manque de formation en gestion des institutions chez les médecins. Bien que ces derniers soient formés pour soigner, traiter et guérir, la gestion des ressources humaines, financières et matérielles dans un hôpital exige une expertise distincte. Les médecins en général ne reçoivent pas suffisamment d’enseignement sur les principes fondamentaux de gestion, de comptabilité, de ressources humaines, ou encore sur la planification stratégique.

« Les médecins formés en biomédical ne sont pas nécessairement équipés pour gérer les enjeux complexes d’une institution hospitalière », explique-t-il. Il soutient que les compétences en gestion, bien que complémentaires, sont souvent ignorées dans les cursus médicaux, ce qui peut nuire à l’efficacité des institutions hospitalières publiques.

Les bonnes pratiques internationales : L’exemple des pays développés

En revanche, dans des pays comme la France, la Belgique ou la Suisse, la gestion des hôpitaux est confiée à des professionnels qualifiés dans la gestion institutionnelle, tels que des économistes, des juristes économiques, ou d’autres spécialistes de la gestion. Ce modèle a fait ses preuves, car il permet de mieux structurer l’administration hospitalière et de garantir une gestion plus transparente, plus efficace et plus pérenne.

« Les pays développés ont compris qu’un médecin, aussi compétent soit-il dans son domaine, ne peut pas porter seul la lourde charge de la gestion d’un établissement hospitalier. Il est essentiel que la gestion des ressources humaines et matérielles soit confiée à des experts formés pour ces missions », affirme Me Nyembo.

Une réforme nécessaire pour l’avenir de l’hôpital public congolais

Cette analyse soulève un besoin urgent de réformes dans la gestion des hôpitaux en RDC. Plutôt que de se limiter à la nomination de médecins pour des fonctions administratives, il est primordial d’intégrer des gestionnaires spécialisés qui possèdent une expertise avérée dans le domaine de la gestion hospitalière.

Dans un futur proche, Me Nyembo prévoit la publication d’un article scientifique étayant ses arguments avec des références légales et théoriques, afin de contribuer à l’évolution de la gestion des hôpitaux en RDC. Il propose notamment de renforcer la formation des gestionnaires d’hôpitaux dans le pays et de promouvoir un modèle de gestion plus inclusif et plus performant.

Notons que, la nomination d’un non-médecin à la tête de l’Hôpital Général Mama Yemo peut être vue comme une tentative de moderniser et de professionnaliser la gestion hospitalière en RDC. Cela pourrait ouvrir la voie à un véritable changement dans la manière de gérer nos institutions de santé, avec l’espoir d’améliorer leur efficacité, leur transparence et la qualité des soins offerts à la population congolaise.

Daniel Kambowa