SUD-KASAÏ : LE RÈGNE DE JOSEPH NGALULA APRÈS LA CHUTE DU MULOPWE ALBERT KALONJI

Entre recomposition politique, rivalités internes et tensions communautaires, l’après-Kalonji au Sud-Kasaï ouvre une période d’instabilité durable marquée par la difficile quête d’unité au sein du peuple luba.
Mbujimayi — La chute du régime autonome du Sud-Kasaï dirigé par Albert Kalonji en 1962 n’a pas immédiatement apporté la stabilité espérée dans la région. Elle ouvre au contraire une période d’incertitude politique dont Joseph Ngalula Mpandanjila devient l’une des figures centrales.
Ancien Premier ministre du Sud-Kasaï et alors présent à Léopoldville (actuelle Kinshasa), Joseph Ngalula apparaît comme un recours politique au moment où la province tente de se restructurer après la fin de l’autorité du Mulopwe Albert Kalonji. Son surnom « Mpandanjila », signifiant « celui qui ouvre la voie », reflète le rôle qu’il revendique dans la conduite des populations déplacées vers leurs territoires d’origine.
Une succession politique sans consensus
À la suite de la chute de Kalonji, des leaders politiques luba exilés à Léopoldville se réunissent pour définir l’avenir politique de la province nouvellement reconnue par la loi du 14 octobre 1962. Mais les divergences apparaissent rapidement.
Trois courants dominent alors le débat :
certains estiment que Kalonji et Ngalula doivent être écartés, jugés responsables des divisions internes ;
d’autres prônent une réconciliation entre les deux leaders pour garantir la stabilité ;
une troisième tendance propose d’exclure toute l’élite politique existante de la gestion provinciale.
Aucun consensus ne se dégage réellement. Finalement, à Bakwanga, les 12 et 13 octobre 1962, Joseph Ngalula est élu gouverneur de province avec une large majorité de voix.
Un pouvoir fragile
Malgré son élection, le pouvoir de Ngalula reste fragile. La province demeure divisée, notamment entre les groupes communément appelés « Luba du haut » et « Luba du bas ». Plusieurs zones échappent au contrôle effectif de son administration, tandis que des milices pro-Kalonji contestent l’autorité provinciale.
Pour rétablir l’ordre, l’administration recourt à des arrestations massives, entraînant la réouverture de certaines installations pénitentiaires. Ces mesures renforcent cependant les ressentiments politiques et communautaires.
Tensions avec les autorités coutumières
Les relations entre le pouvoir politique et certaines autorités traditionnelles deviennent également conflictuelles. L’arrestation du chef coutumier Lutonga (Mutombo Katshi III) provoque des tensions locales, notamment lorsque des habitants tentent d’apporter un soutien alimentaire aux personnes détenues.
Ces épisodes illustrent la difficulté du nouveau régime à concilier autorité politique et structures coutumières dans un contexte déjà fragile.
Le parti unique et la rupture politique
En novembre 1963, Joseph Ngalula crée le Rassemblement du Peuple Luba (RAPELU), parti auquel l’adhésion devient de facto incontournable pour les populations luba.
Cette décision est perçue par plusieurs acteurs politiques comme une rupture avec les engagements pris précédemment à Léopoldville, où il avait été convenu d’éviter toute forme de monopartisme. Plusieurs alliés politiques de Ngalula prennent alors leurs distances, accentuant les divisions internes.
Héritage d’une période tourmentée
La période Ngalula reste associée à une gouvernance confrontée à de profondes fractures internes, héritées autant des rivalités politiques que des tensions communautaires. La compétition pour le leadership du peuple luba, déjà marquée sous Kalonji, se poursuit alors sous une autre forme.
L’histoire retiendra que la transition post-Kalonji n’a pas permis de refermer rapidement les blessures ouvertes, mais a plutôt révélé la complexité d’un équilibre politique difficile à reconstruire dans le Sud-Kasaï des années 1960.

Rav Daniel Kambowa