L’histoire politique de l’ancien Zaïre reste marquée par des épisodes spectaculaires où rivalités internes, enjeux sécuritaires et luttes de pouvoir se mêlaient étroitement. Parmi les figures ayant traversé ces turbulences figure Jean Nguza Karl-I-Bond, dont le parcours demeure l’un des plus contrastés de l’époque mobutiste.
Arrestation brutale après la guerre du Shaba
À la suite de la première guerre du Shaba en 1977, alors qu’il occupe la fonction de Commissaire d’État aux Affaires étrangères, Nguza se trouve en mission officielle à Washington lorsqu’il reçoit un télégramme urgent lui ordonnant de rentrer immédiatement au pays pour une mission présentée comme confidentielle.
À son arrivée à l’aéroport international de Aéroport international de N’Djili, son passeport est confisqué et il est immédiatement arrêté par les services de sécurité.
Il est accusé d’avoir entretenu des liens avec les rebelles du Front national de libération du Congo, responsables de l’offensive menée quelques semaines plus tôt dans la province minière du Shaba. Jugé par la Cour de sûreté de l’État, il est reconnu coupable de haute trahison et condamné à la peine de mort.
Le témoignage d’un proche du pouvoir
Dans son ouvrage Je ne renie rien, je raconte, publié par L’Harmattan, Maître José-Patrick Nimy Mayidika Ngimbi, ancien directeur de cabinet présidentiel, décrit une scène marquante où il découvre Nguza humilié et implorant sa défense devant le chef de l’État, alors que la colère présidentielle atteint son paroxysme.
Selon ce témoignage, le président Mobutu Sese Seko aurait ordonné sa révocation immédiate avant de le livrer à la justice pour trahison, soupçonnant qu’il n’avait pas dénoncé à temps un projet d’attaque des gendarmes katangais.
De condamné à mort à Premier ministre
Contre toute attente, après une année de détention, Nguza bénéficie d’une grâce présidentielle en 1979. Libéré, il retrouve même les hautes sphères du pouvoir, redevenant Commissaire d’État aux Affaires étrangères, puis accédant en 1980 au poste de Premier Commissaire d’État, équivalent de Premier ministre.
Mais la réconciliation avec le régime reste fragile. En avril 1981, lors d’un déplacement officiel à Bruxelles, il annonce sa démission et rejoint les rangs de l’opposition zaïroise.
Une ascension devenue inquiétante pour le pouvoir
Selon plusieurs observateurs de l’époque, certaines chancelleries occidentales voyaient en Nguza un possible successeur de Mobutu. Cette perspective aurait contribué à faire de lui une personnalité surveillée en permanence par les services de sécurité.
Son parcours, marqué par arrestation, condamnation, grâce présidentielle, retour aux fonctions et passage dans l’opposition, illustre les paradoxes d’un régime où les alliances pouvaient basculer brutalement.
Une trajectoire unique
Peu d’hommes politiques africains auront connu, en si peu d’années, une succession aussi spectaculaire de disgrâce, de réhabilitation et de rupture avec le pouvoir. L’histoire de Jean Nguza Karl-I-Bond demeure ainsi l’un des chapitres les plus révélateurs des tensions internes ayant marqué la vie politique zaïroise.
Rav Daniel Kambowa






